4 formes d’art à Kinshasa, capitale bouillonnante et vibrante

Vue aérienne de Kinshasa avec le fleuve Congo en arrière plan Clément Bonnerot

Kinshasa, capitale de RDC et la plus grande ville du pays, c’est aussi la troisième ville la plus peuplée d’Afrique avec des estimations qui varient entre 13 et 17 millions d’habitants.

Kinshasa est le coeur économique, politique et culturel du pays, et le siège d’importantes institutions internationales. Capitale aux multiples visages, mégapole-village mondialisée, c’est indéniablement une ville de contrastes, multiculturelle par essence, avec des représentants des 450 ethnies congolaises, mais aussi une terre d’accueil historique pour de nombreuses communautés étrangères.

Kinshasa est une mégalopole paradoxale: la ville est minée par la pauvreté alors que le pays est extrêmement riche en minerais. Malgré tout, le désir de vivre, le dynamisme des cultures locales et la manifestation vivante des expressions artistiques et culturelles forgent le caractère des Kinois.

Dans son documentaire : “Système K” comme Kinshasa, le réalisateur français Renaud Barret va au contact de huit artistes, impressionnants de résilience. Ils sont sculpteurs, peintres, plasticiens, musiciens, réalisent des scénographies avec leur corps, et travaillent avec des matériaux de récupération et des déchets urbains. Ils n’exposent et ne réalisent pas leurs performances dans des lieux fermés. Leur scène privilégiée est la rue, et leur public en est issu.

Focus sur des artistes qui livrent leur interprétation, tantôt sombre, tantôt joyeuse, d’une ville où l’art s’invente à chaque coin de rue.

L’art de la création

Un collectif de sapeurs-performeurs, Les justiciers de la sape, dessinent et produisent leurs propres vêtements en s’inspirant des griffes japonaises telles que Yoji Yamamoto ou Kenzo. Ils rendent ici hommage au défunt musicien Papa Wamba « le prince de la sape » en reproduisant certaines de ses poses scéniques les plus emblématiques.

Les Justiciers de la sape © Renaud Barret

L’art écologique

De nombreux artistes africains s’engagent pour des causes sociétales et leur démarche artistique vise à faire prendre conscience des défis environnementaux, politiques, sociaux. Ils ont à cœur de montrer la réalité des sociétés actuelles.

Emmanuel Botalatala, artiste congolais de 60 ans, auto-proclamé “Ministre des Poubelles”. Il crée des œuvres d’art à partir de déchets qu’il collecte, sculpte et intègre dans des compositions collées sur des panneaux de bois ou de carton peints de sa main. Il observe désarmé, la situation dégradée de Kinshasa, ville poubelle à ciel ouvert, où tout est jeté à même le sol, sans discernement ni conscience.

Son parcours difficile et qui force le respect a donné lieu à un documentaire “Le ministre des poubelles”.

Eddy Ekete est un artiste plasticien qui travaille sur plusieurs champs artistiques : la peinture, la sculpture et la performance. Il confronte toujours sa démarche artistique à l’environnement urbain. Son travail est ainsi empli d’observations anthropologiques. Il s’attache à toujours créer son travail comme un miroir au monde qui l’entoure.

L’art engagé

Freddy Tsimba est un artiste-sculpteur né à Kinshasa en 1967. Il termine ses études à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa en option sculpture monumentale en 1989 et travaille depuis lors le bronze et le ciment. Il doit sa notoriété à plus d’une cinquantaine d’expositions en Afrique, en Europe, au Canada et en Chine. Il a obtenu de nombreux prix et distinctions en France et au Canada.

A travers son travail, il dénonce les tragédies engendrées par la guerre. Freddy Tsimba réalise notamment des installations monumentales de rue avec des matériaux issus des conflits, comme des douilles et des machettes.

‘Ma vraie école, même si j’ai fait les Beaux-Arts de Kinshasa, c’est la rue où je me fournis en abondance. Mes maîtres ont été les forgerons auprès desquels pendant 5 ans j’ai appris la technique du feu et de la soudure’.

Scissors woman

L’art de la débrouille

Dareck Tubazaya évoque avec humour et réalisme, la «débrouille» des Kinois, notamment avec la photographie d’un vieux compteur de courant aux multiples fils entrecroisés intitulée Benda courant, une expression en lingala qui désigne l’art de détourner l’électricité.

Boms Liteli, membre du collectif KOKOKO ! est concepteur d’instruments. Dans son atelier à ciel ouvert, il produit des pièces uniques qu’il électrifie empiriquement pour inventer une musique électronique originale qui s’exporte aujourd’hui sur la scène internationale.

La guitare Lan-Gong © Renaud Barret

L’art introspectif

Géraldine Tobé est née en 1992 à Kinshasa. Elle a étudié à l’Institut des Beaux-Arts de Kinshasa, ville où elle vit et travaille toujours. Elle utilise le feu, à l’origine de blessures et de terreurs enfantines pour créer un art introspectif. En effet, elle fait partie de cette génération d’enfants accusés de sorcellerie et victimes de tentatives d’exorcisme par les pasteurs de Kinshasa.

Géraldine Tobé crée ses tableaux avec la suie et la fumée de bougies et lampes à pétrole.

Promotion de l’Art Africain