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Pourriez-vous vous présenter?

AliF_King, artiste stylographiste sénégalais, autrement dit Biro artiste, autre nom donné aux artistes utilisant comme medium principal ou unique le stylo bille classique. Né à Dakar, en 1979, j’ai très tôt été expatrié vers Addis Abeba, où ma famille et moi avons vécu de nombreuses années jusqu’à la mutation de mon père à Paris.

Je suis autodidacte et j’ ai une réelle et profonde passion pour le dessin depuis la toute petite enfance. Malgré cela mon parcours scolaire et professionnel est quasi toujours resté loin de ce domaine. C’est donc un acharnement à dessiner en toutes circonstances et la volonté de progresser constamment qui me fait avancer.

Cet acharnement et cette passion pour l’art sous toutes ses formes m’ont amené à créer et commercialiser des t-shirts pour la marque InfluenSoul que j’ai créée il y a près d’une quinzaine d’années, à cofonder la marque Zenka-Influence, à collaborer avec les marques Liste-Noire Paris, African Armure et Waïnao (Why Now ?), à faire la pochette d’un des singles du groupe Illégalsen, à exposer à 4 reprises à la Favela Chic, sur Paris, dont 1 fois en exposition collective avec le collectif Cygnatures, et exposer 1 fois dans le magasin concept de sneaker Le 8 Rive Gauche, Paris, et enfin à collaborer avec Little Africa pour leur 1er Guide de l’Afrique à Paris.

Qu’est ce qui a déclenché cette envie de faire ce métier?

A l’origine c’est une passion d’enfant solitaire, introverti, créatif et imaginatif devenu un adulte pluridisciplinaire. Ce monde intérieur peuplé de monstres et de héros, de passé et de futur, de couleurs et d’émotions, de musique et de mots, de fables et de mythes, j’ai su le préserver et, bien que n’ayant pas suivi de formation artistique, j’ai su avoir tout au long de ma route les stimulants qu’il fallait pour me donner l’impulsion de me développer artistiquement.

Je ne pense pas qu’on puisse dire que quelque chose m’ait donné envie de dessiner car cela a toujours fait partie de moi, et dans mon parcours artistique il y a eu plusieurs tournants liés à des rencontres, des influences ou des prises de conscience.

Quels sont les artistes qui vous ont influencé, que vous admirez ?

J’ai eu de nombreuses influences, les premières étant le monde des comics américains et des mangas japonais. A l’adolescence j’ai eu une fascination pour certains peintres classiques, principalement Jan Van Eyck, De Vinci, Géricault, Delacroix, Caravage, dont la composition des tableaux, les techniques, la symbolique et le temps consacré sont une véritable source d’inspiration dans ce à quoi je souhaite aboutir dans les années à venir.

Il y a également Mike Thompson, illustrateur qui à la vingtaine m’a donné envie de glisser du monde fantastique de la BD vers un côté plus urbain, notamment avec sa collaboration avec la marque Ecko ou ses illustration dans les magazines américains Vibe ou XXL. Ce sont d’ailleurs ses réalisations de cette époque, ainsi que la scène du street art qui ont guidées le style des créations pour ma marque InfluenSoul.

Puis j’ai eu une révélation il y a quelques années quant à mon outil de prédilection et le chemin que je souhaitais que mon art prenne en voyant des œuvres de Shohei Otomo (fils de l’excellent mangaka Katsuhiro Otomo) qui lui-même est stylographiste. Il arrive à faire des dessins modernes, sombres et percutants mais en même temps complètement ancrés dans la culture et la tradition japonaise. Aucun autre outil que j’ai pu voir ou essayer ne m’a autant parlé que ce que je voyais-là. J’ai adoré la simplicité de l’outil stylo et surtout le rendu des dessins. Tout au long de mon développement, je me suis essayé au stylo bille, au stylo encre, aux crayons, à la pastelle, à la peinture à l’huile, à l’acrylique, aux feutres, mais l’œuvre d’Otomo fut un éveil.

Et en parallèle de tous ceux-là, il y a feu Ousmane Sow, le sculpteur des Noubas, auprès de qui j’aurais tant souhaité apprendre. Je vois mes dessins comme des sculptures, et j’essaye de puiser dans la puissance de ses créations pour rendre mes œuvres vivantes et laisser l’africain en moi communiquer avec le monde occidental dans lequel j’évolue. Artistiquement parlant, j’ai tellement à apprendre de son parcours, de son processus créatif, des émotions que ses statues éveillent, je suis toujours aussi admiratif malgré les années.

En tant qu’artiste, comment vous définiriez-vous?

J’ai du mal à réellement me définir comme artiste. Etant complètement autodidacte, je ne me sens partie intégrante d’aucun courant, ou de tous à la fois. Un électron libre qui va là où on ne l’attend pas et sans s’annoncer. Sans doute car je suis avant tout un passionné, amateur d’art.

Je me considère plutôt comme un éternel artiste en construction car tout n’est que glissements et tournants. Je sais déjà où je vais en tant qu’artiste et c’est cela que je construis pas à pas, étape après étape. J’ai au départ de la stylographie fait beaucoup de portraits sans messages particuliers, juste l’expression de mes goûts, c’était la phase d’apprentissage (qui ne sera jamais vraiment finie car j’apprends constamment). Tout doucement j’ai parfait ma technique : le stylo bille est avant tout une épreuve technique et morale (si t’es pas précis et patient t’es dead !), et maintenant j’essaye progressivement de me détacher de la technique pure pour tendre plus vers le message et la symbolique, donc enfin utiliser ce que chacune des influences citées plus tôt a pu m’apporter.

Mon art me permet aussi de pouvoir me cultiver à travers les recherches préalables que je fais sur mes sujets, mais aussi de pouvoir échanger avec les gens car certaines de mes œuvres intriguent et cela me plait.

Comment travaillez-vous? Quelles sont les étapes de votre création?

Mes dessins je les prépare très longtemps en amont de la réalisation. L’idée vient d’une émotion, d’une réaction contenue, dès l’idée du thème j’ai déjà une image grossière en tête du dessin.

A partir de là, il y a une longue réflexion durant des jours, des semaines, des mois sur la composition du dessin. Je suis quelqu’un de très cérébrale et qui a la lassitude facile, il est donc rare que je fasse des croquis, des brouillons préparatoires, cela m’arrive principalement lorsque je fais un blocage et que je n’arrive pas à avoir une idée précise de la façon dont je souhaite que les choses s’articulent.

En parallèle je fais une recherche méticuleuse de références pour les différents éléments que je souhaite intégrer, lorsqu’il s’agit de mise en scène d’éléments/personnages historiques, groupes ethniques, attributs, je me documente également beaucoup pour comprendre ce que je fais, la signification d’un tissu, le pourquoi d’une coiffe ou d’un collier, c’est une forme de travail anthropologique.

Et une fois que j’ai une idée nette et précise du dessin et que j’ai réuni tous les éléments nécessaire je démarre le dessin lui-même. Je ne laisse donc que très peu de place au hasard, voire aucun. Le style d’art que j’ai choisi (ou qui m’a choisi) ne s’y prête pas vraiment.

Il y a donc la phase du crayonné, ou j’essaye de détailler au maximum les contours de ce que je vais représenter et corriger ce qu’il y a à corriger, puis ensuite vient la phase du remplissage du fond en couleur (lorsqu’il y en a un) et une fois le fond sec, je peux enfin démarrer le dessin au stylo bille. C’est donc plusieurs centaines d’heures de travail pour un dessin grand format.

Quelle est l’oeuvre phare de vos créations?

J’ai la fâcheuse manie à considérer que ma dernière œuvre est toujours mon œuvre phare. Certaines sur lesquelles je travaille actuellement mériteraient sûrement cette considération mais pour l’heure il y a une série de 3 dessins qui me sont importants car ils marquent justement une partie de mon évolution, et ils sont ceux qui sont le plus souvent cités lorsqu’on me parle de mes créations.

Il s’agit de « Thiedo », « Hero Wanted » et « Simb ». Ces 3-là sont je pense de bonnes introduction à tout ce qui se prépare en coulisse pour les prochaines années.

Etes-vous dans des associations, des groupes, des collectifs ou autres d’artistes?

Non je ne fais partie de rien de tout cela pour le moment, bien qu’il y ait quelques artistes récurrents autour desquels je gravite. Des artistes avec qui j’ai eu des collaborations communes, comme Fred Ebami ou Serge Kampton, qui m’inspirent et stimulent beaucoup ma créativité.

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Promotion de l’Art Africain

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