Née en 1974, Aida Muluneh est une photographe éthiopienne. Elle a passé une grande partie de son enfance entre le Yémen, Chypre et l’Angleterre, avant de rejoindre le Canada et les États-Unis pour ses études.

Fraîchement diplômée en cinéma de la Howard University de Washington en 2000, elle a été photo-journaliste notamment pour le Washington Post. En 2004, son travail entre dans la collection permanente du prestigieux Smithsonian Institute, National Museum of African Art. En 2007, elle décroche le Prix de l’Union européenne aux rencontres de la photographie de Bamako.

Une femme engagée

Son ambition est de poser un regard africain sur l’Afrique. Elle rentre alors en Éthiopie, après 28 ans d’absence, et fonde le festival Addis Foto Fest, une première en Afrique de l’Est. L’idée étant de rapprocher les photographes africains-américains et les Africains, et d’inciter les photographes éthiopiens à s’approprier le récit de leur pays.

Elle a également fondé Desta (Developping and educating society through art) qui veut dire bonheur en amharique, sa langue maternelle, pour poursuivre ce que sa mère et le Canada lui ont donné de plus précieux : l’éducation et des outils pour la vie.

Elle souhaite que le secteur de la photographie et de l’art en général soit un axe prioritaire de développement.

Denkinesh Set — Denkinesh,2016

Des autorisations pour tout

Mais en Ethiopie, Aida Muluneh se heurte à l’absence de culture photographique, largement réduite aux photos de mariage. D’autant que dans un pays autocratique et bureaucratique, les photographes sont souvent traités avec hostilité. “La photo est vue avec suspicion”, explique-t-elle.

Lorsqu’elle envoie ses étudiants à Mercato, le plus grand marché à ciel ouvert d’Afrique, les jeunes photographes se font rudoyer par des commerçants ou harceler par la police. “Il faut des autorisations pour tout. Et celle donnée par le ministère de la Communication n’est pas reconnue par la police. Cela n’a pas de sens”.

Painted Faces

Un de ses travaux les plus populaires, la série de portraits “Painted Faces”, met en scène de jeunes femmes africaines, visages peints en bleu, blanc ou rouge vif. Les modèles deviennent des sujets artistiques, plutôt que d’être réduits à leur “africanité”.

“Une grande partie de mon travail consiste à effacer le temps et l’espace. Je regarde l’universalité. Je veux penser le continent de manière différente”, explique t-elle.

Les couleurs vives viennent de son héritage culturel et elles visent à illustrer l’intensité de ses émotions.

THE AMUSEMENT AT THE GATE, (MEMORY OF HOPE SERIES), 2017

Water Life

Aida Muluneh a réalisé une série de 12 photos pour l’ONG Water Aid, alertant sur le manque d’accès à l’eau potable dans le monde.
Dans ce décor onirique elle apporte de la modernité à chaque photo. Elle imprime aussitôt sa marque pour raconter une histoire en douze tableaux: celle de l’accès à l’eau aujourd’hui dans certains endroits de la planète, et comment cette question repose, au moins sur le continent africain, sur les épaules des femmes.
Ses photos ont été prises dans la ville la plus chaude du monde, Dallo (Ethiopie).

KNOWING THE WAY TO TOMORROW, (WATER LIFE SERIES), 2018

Promotion de l’Art Africain