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Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis Aya N’Da, Franco Ivoirienne de 45 ans. Je suis née en France et j’ai grandi en Côte d’Ivoire.

Je suis installée en Guadeloupe depuis 11 ans. Je suis plongée dans le monde artistique depuis 6 ans. Bien qu’ayant toujours aimé la peinture et le dessin, je m’y suis consacrée tard puisque j’ai consacré la première partie de ma vie professionnelle au domaine de la santé : je suis médecin spécialisé en anesthésie — réanimation.

Aujourd’hui, j’ai 2 métiers, médecin et peintre !

Je me suis installée en Guadeloupe pour des raisons professionnelles après avoir vécu quelques années en France. Je m’y sens aujourd’hui très bien mais je retourne régulièrement à Abidjan pour voir ma famille.

Mon travail est principalement axé sur l’abstrait et se construit autour d’une recherche esthétique affirmée. Je m’inspire de l’esthétique des tissus africains, des textures, des symboles et des teintures des tissus africains.

Comment êtes-vous arrivée à la peinture ?

En fait j’ai toujours aimé les arts plastiques, dessiner et peindre était mon passe temps favori. Mon souhait était d’intégrer l’école des beaux-arts mais mes parents, enseignants, ne m’ont pas encouragée dans cette voie. Ils avaient cette vision de l’artiste fragile, qui ne peut pas vivre de son art et ils ont donc voulu me protéger. J’ai suivi un cursus classique et j’ai fait des études de médecine.

En 2010, j’ai connu une phase de stabilisation tant sur le plan professionnel que personnel. C’est à cette période que mes appétences de toujours pour la peinture et le dessin sont réapparus et j’ai ainsi renoué avec mon premier amour, la peinture.

J’ai alors décidé de me former aux arts plastiques.

J’ai d’abord été initiée en 2010 par une restauratrice de tableaux puis pendant cinq ans j’ai fréquenté l’atelier de Lucien Léogane peintre guadeloupéen et professeur d’arts plastiques, avant de voler de mes propres ailes.

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Adingra

Quels sont les artistes qui vous ont influencée, que vous admirez ?

Etant portée par l’abstrait et l’irréalité, j’étais séduite par des peintres abstraits du 20ème siècle comme Kandinsky, Rodtchenko, Mondrian, les Delaunay, Poliakoff, Pollock, Sam Francis, Zao Wou Ki, etc. Leur travail me parle et m’inspire, j’aime les sensations que peuvent provoquer l’art abstrait.

Ce que j’aime entre autres dans l’art abstrait, c’est que chacun peut y ressentir, y voir quelque chose de différent, en fonction de sa sensibilité, de son humeur.

Je suis aussi sensible à des peintres africains comme Monné Bou, Stenka, Duku, Pape Ibra Tall.

Ma mère étant enseignante de français aux beaux-arts d’Abidjan dans les années 80, j’ai côtoyé très jeune des artistes peintres ivoiriens qui m’ont donné le goût pour cet art.

D’où vous vient votre inspiration ? Quel est le processus de création ?

Ma principale source d’inspiration est l’Afrique noire, ses textiles, l’esthétique de ses pagnes traditionnels et modernes et de leurs symboles.

Concernant le processus de création, il n’y a pas de règles, ni de schéma classique mais je peux dire qu’il y a trois cas de figures.

Il m’arrive d’avoir une idée en tête, elle m’obsède et me poursuit jusqu’à ce que je la retranscrive sur une toile, ce qui est une véritable libération.

Lorsque je travaille sur un thème précis, je suis généralement la ligne conductrice et ne m’égare pas.

Et le troisième de cas de figure est celui où le travail final ne correspond pas vraiment à l’idée de départ. Lors du processus, des événements externes ou des rencontres des discussions m’ont écartée de l’idée de départ.

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Scorpiesque

Quel est le fil conducteur de votre œuvre ?

Peindre des choses réelles et identifiables m’intéresse peu. J’aime les concepts abstraits et je fonctionne, à l’intuition des harmonies de couleurs et de l’équilibre des formes.

Ce qui me tient le plus à coeur, c’est de faire ressortir les esthétiques d’Afrique car c’est une grande part de mon identité.

Mon art relève essentiellement d’une démarche abstraite, esthétique, et régulièrement centrée sur l’Afrique Noire

Place de la femme (africaine) dans la peinture

Selon vous est ce que les problématiques liées aux artistes Femmes en général et artistes africaines en particulier sont les mêmes ?

Il existe des problèmes liés au statut de femme, d’autres majorés en Afrique voire spécifiquement africains. Et selon moi, les artistes africaines subissent la « double peine » d’être femmes et d’être d’Afrique.

Déjà être femme dans le monde de l’art c’est supporter l’héritage d’un certain machisme dans un milieu initialement masculin. En occident, jusqu’au milieu du 20e siècle, l’art produit par les femmes était déprécié. Il était considéré à priori, comme sans envergure et peu digne d’intérêt; les femmes étant traditionnellement cantonnées à la gestion du foyer ou éventuellement à l’artisanat. Les artistes occidentales ont dû se battre, en leur temps, pour être reconnues au même titre que leurs homologues masculins. Les artistes africaines ont encore probablement ce combat à porter.

En outre, être femme, notamment en Afrique, c’est encore assumer une grande partie des tâches domestiques et la gestion des enfants. C’est donc manquer de disponibilité. A formation et talent égaux les femmes ont moins de temps et d’énergie, à consacrer à la production assidue d’oeuvres d’art, que les hommes. Or d’une faible production découle une faible visibilité, et une sous-représentation, c’est évident.

Enfin se pose spécifiquement aux artistes africaines ainsi qu’à leurs homologues hommes, le problème de la quasi-inexistence du marché de l’art sur le continent africain, faute de collectionneurs. La pauvreté des populations africaines, limite drastiquement la vente d’oeuvres d’art. Ce qui entraîne découragement dévalorisation du métier d’artiste. Et donc, on ne saurait sérieusement encourager une africaine à « déserter » son foyer pour « une profession qui n’en vaut pas la peine »…

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Jungle de wax

Quelles difficultés rencontrées en tant que femmes? En tant qu’artistes ? en tant qu’artiste africaine ?

Du point de vue de la productivité, je ne rencontre pas de difficulté particulière liée à mon statut de femme car étant célibataire sans enfant j’ai une disponibilité que beaucoup de femmes n’ont pas. Cela me permet de produire et d’exposer régulièrement et donc d’être relativement visible en Guadeloupe. J’ai deux métiers auxquels je me consacre entièrement. Du point de vue de la reconnaissance, je suis encore débutante dans le métier, j’ai donc encore des choses à prouver. Plus parce que je suis une jeune artiste que parce que je suis une femme. Dans quelques années, j’aurais une expérience personnelle plus étoffée sur les questions la représentativité et de la reconnaissance des africaines dans l’art.

Quand j’ai décidé de me mettre à la peinture, je m’y suis investie à 100%, j’ai suivi des formations, j’ai crée mon entreprise je me suis inscrite à la maison des artistes et j’expose régulièrement. Pour être connu et reconnu et donc visible la clé c’est d’exposer, et donc se donner les moyens pour.

Je comprends que dans un sens cela puisse être un frein pour certaines femmes qui sont mariées, qui ont des enfants et sont donc moins disponibles.

Comment pensez-vous que cette problématique puisse être graduellement transcendée ?

Je n’ai pas LA solution mais je pense que cela viendra des femmes africaines elles-mêmes. Pour améliorer la représentativité des femmes africaines dans l’art, il y aura quelques sacrifices à consentir comme chaque fois que l’on « sort » de son foyer. Quand les artistes africaines seront prêtes à en faire les choses évolueront peut-être dans le bon sens.

C’est beaucoup de travail et de renoncement mais il faut en passer par là. Car pour être professionnelle et visible il faut une certaine productivité et une régularité de présence aux différents rendez-vous artistiques collectifs et personnels.

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Couleurs d’Afrique

Est ce que cette problématique a déjà été illustrée dans vos œuvres ?

Non pas encore mais c’est en projet. Pas spécifiquement la place des femmes dans la peinture mais la place des femmes dans la société, la place de la femme en dehors de son foyer, ce sont des thématiques qui me parlent et m’inspirent.

J’ai beaucoup travaillé ces questions dans ma tête et j’envisage de les mettre sur toile prochainement.

Je m’intéresse aussi au statut de la femme dans la société africaine qui bien souvent est ramené à son rôle de « reproductrice », je veux transmettre ces problématiques sous un angle féministe.

D’après vous existe t-il un style typiquement féminin ?

C’est dur à dire, c’est vrai que pour certaines toiles on peut reconnaître une touche, une émotion ou une sensibilité féminine mais honnêtement ce n’est pas évident de parler de style typiquement féminin à mon sens.

Adhérez-vous à des associations ou collectifs ?

J’adhère à la Maison des artistes (c’est obligatoire en France) et à l’ADAGP (société des auteurs dans les arts graphiques et plastiques) pour la protection de mes droits d’auteurs. Je suis bien consciente que pour faire évoluer les choses, et notamment la place des femmes, il est nécessaire de se regrouper mais je suis une personne assez attachée à mon indépendance. Un jour, peut être, je ne suis pas fermée à l’idée.

Quels sont vos projets en cours ?

J’ai deux expositions majeures prévues en 2017. La première en mars 2017 aura lieu en Martinique. Il s’agit de ma première exposition en binôme, je serai avec une artiste martiniquaise.

En juillet 2017, j’exposerai en Côte d ivoire, c’est émotionnellement très fort pour moi, je ressens une certaine pression car pour la première fois, ma famille et mes connaissances du pays seront présents, ainsi que des plasticiens ivoiriens. Je retourne dans mon pays avec la casquette d’artiste alors qu’ils me connaissant tous avec mon uniforme de médecin. En quelque sorte, j’ai besoin de la bénédiction des plasticiens ivoiriens, je suis très émue par tout cela.

Cette année-là j’ai aussi 2 petites expositions en Guadeloupe, en avril et en mai. L’une dans un lycée, l’autre dans une galerie

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Promotion de l’Art Africain

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