Hortense Mbea, fondatrice d’Afropian

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Pourriez-vous vous présenter?

Je m’appelle Hortense Mbea et je suis de nationalité camerounaise. Je suis née aux Etats-Unis et j’ai énormément voyagé avec ma famille, ce qui a fait de moi une citoyenne du monde, quoique très attachée à mon continent.

Ma première carrière est celle d’interprète, un métier que je pratique depuis 17 ans, et qui reste aussi une véritable passion. J’ai néanmoins quitté un poste d’interprète dans une grande organisation internationale, pour pouvoir, tout en restant interprète indépendante, m’adonner à d’autres passions et créer mon entreprise. J’ai toujours eu un côté artiste, je dessinais, faisais de la danse, de la photo, j’écrivais, je chantais, mais à l’âge adulte je ne me suis plus focalisée que sur ma famille et mon métier, et, à un moment, il est devenu vital que je retrouve cet exutoire artistique, ce que j’ai fait en 2017 en créant Afropian.

Comment est née votre marque ?

Je suis une panafricaniste. J’adore mon continent. J’adore être une Africaine. Et je ne me reconnaissais pas dans la façon dont l’Afrique était perçue et représentée à l’extérieur et, même, parfois, chez nous. La fameuse « single story » dont parle Chimamanda Ngozi Adichie. J’ai longtemps réfléchi à la façon dont je pouvais participer, même modestement, à changer cette perception. Je le faisais dans ma vie quotidienne, mais je voulais pouvoir le faire à plus grande échelle. Et c’est là que m’est venue cette idée : « Appuie-toi sur la grandeur passée du continent et crée. Montre-leur que notre histoire a commencé bien avant l’esclavage et la colonisation. Montre-leur que nous sommes la source, le commencement. » J’ai eu la chance de rencontrer, à la faveur de voyages professionnels, des artisans et artistes qui sont devenus mon réseau. Il s’agissait ensuite de savoir sous quelle forme j’allais présenter notre créativité. Ayant de fortes attaches en Ethiopie, j’ai décidé de me centrer sur ce pays artistiquement très riche et de créer une espèce de pont entre l’Ethiopie (qui reste culturellement et du point de vue identitaire assez déconnectée du reste de l’Afrique) et le reste du continent. Afropian est d’ailleurs un jeu de mot : Afro-Ethiopian. La marque est née en décembre 2017.

Pouvez-vous me parler de vos réalisations ?

J’ai énormément de respect pour le travail des artisans : tisserands, bronziers, sculpteurs, artisans du textile… Et toutes mes créations sont 100% artisanales et africaines. Je suis basée à Addis-Abeba ou je me fournis en cuir, argent, bronze, Gabi (coton tissé), Tilet (broderie en bandes) et autres, et je fais venir des perles, tissus artisanaux, pièces de bijouterie et d’autres éléments de différents pays d’Afrique, puis je fais des combinaisons. Afropian se veut une marque d’art de vivre et nous voulons Afropianiser toutes les facettes du quotidien: petits meubles, déco d’intérieur, accessoires (sacs, bijoux, écharpes). Nous ne faisons pas de production de masse et certains de nos bijoux sont d’ailleurs des pièces uniques. Nous nous voulons une marque de luxe en ce sens que le fait-main est un luxe et que nous n’utilisons que des matières nobles, beaucoup de pièces rares et anciennes et tenons à des finitions impeccables.

D’où vient votre inspiration ?

Je suis inspirée par LE continent. Les Africains, la beauté de la mélanine, notre quotidien et notre façon de vivre. Je suis inspirée par nos rois et nos reines. Je suis aussi fascinée par le mouvement afro futuriste, et prépare d’ailleurs une collection basée sur cette tendance, qui sera inspirée par les Dogons et Sirius. J’ai la chance de vivre à présent à Addis-Abeba, dans un pays intouché, qui n’a jamais été colonisé et qui reste donc authentique et sans bride imposée par l’extérieur. Actuellement, la scène musicale ethio-jazz et tout ce qui l’entoure, est une riche source d’idées. Tout comme l’iconographie éthiopienne et ces centaines de croix coptes. J’aime dire que l’Ethiopie est ce que le reste de l’Afrique aurait pu être sans l’interruption de notre histoire par les colons et les marchands d’esclaves.

Enfin, mon côté bohème, qui est lié à ma vie de quasi-nomade planétaire, est aussi au cœur de ce que je fais.

Comment travaillez-vous ?

Je dessine tout mais ne réalise moi-même que les bijoux. Pour le reste, je m’appuie sur des couturiers, un atelier de fabrication de meubles et un atelier de fabrication de sacs, tous basés à Addis-Abeba. Et bien sûr, mes incroyables artisans qui sont au Ghana, en Côte d’Ivoire, en Tunisie, au Cameroun, au Mali, en Ethiopie et ailleurs. Sachant aussi que les femmes et les jeunes sont les deux groupes les plus vulnérables économiquement en Afrique, c’est avec eux que je privilégie les collaborations. Je travaille notamment avec des tisserandes en Ethiopie qui étaient avant des « femmes-mules », c’est-à-dire qu’elles transportaient de lourds fagots de bois sur leur dos sur des dizaines de kilomètres chaque jour; je travaille aussi avec une coopérative de femmes tisserandes de Bogolan au Mali et une autre de jeunes tisserands maliens qui produisent du Bogolan bio.

Quelle étape préférez-vous dans la réalisation ?

L’inspiration. Sans hésiter. Ces rares éclairs de génie qui viennent de là-haut. Lorsque l’on est inspiré, c’est que l’on s’est donné la liberté de rêver et que tout est possible. C’est après que le vrai travail commence. Le produit fini, lorsqu’il correspond à ce que j’avais imaginé, est aussi une grande source de joie et de satisfaction.

Quelle est votre particularité?

Je pense que ce qui me différencie d’autres créateurs ce sont mes mélanges et combinaisons parfois inattendus. L’Ethiopie est au cœur de la plupart de mes créations, et je pense que l’art et l’artisanat éthiopiens n’ont jamais été ainsi mariés au reste du continent. Il y a aussi le fait que je détourne des rappels de notre histoire douloureuse en créations artistiques: j’utilise beaucoup de perles anciennes, par exemple, qui ont servi à acheter, à une époque, des esclaves en Afrique. J’ai récemment été inspirée par des plateaux de bouche que les femmes Mursi d’Ethiopie ont commencé à placer dans leur lèvre inférieure afin de se défigurer et de ne pas être « vendables » pendant cette même période de la traite négrière.

Où se procurer vos créations ?

Les créations Afropian sont disponibles à Addis-Abeba dans notre showroom de Gurdshola (sur rendez-vous) et dans quelques galeries de la place.

Nous avons aussi une boutique en ligne www.afropian.co. Et une autre sur le site Afrikrea www.afropian.afrikrea.com

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Pour ceux qui ne peuvent ou ne souhaitent pas faire de paiements en ligne, ils peuvent nous contacter via le compte Facebook www.facebook.com/proudlyafropian ou Instagram www.instagram.com/proudlyafropianou par message sur notre site pour discuter d’autres modalités.

Merci ! Et vive l’Afrique !

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Promotion de l’Art Africain

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