Wilfried Ouedraogo, artiste peintre

Pourriez-vous vous présenter?

A la fois peintre et auteur compositeur, ma musique se nourrit de la peinture et ma peinture de la musique. Peindre, écrire font partie intégrante de mon processus de création. C’est autant de signes de langage. Très jeune je vendais mes cartes postales, puis j’ai découvert le graphisme en noir blanc qui m’a porté jusqu’à la peinture. Aujourd’hui, on peut voir mes fresques dans plusieurs lieux au Burkina. J’expose régulièrement au Burkina Faso et en Europe. D’ailleurs pas mal de projets sont à venir en 2017.

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

J’ai débuté le dessin et l’écriture très tôt. Les poèmes illustrés que je vendais à mes copains rencontraient un succès certain.

J’ai malgré tout suivi des études dans la filière sportive afin d’allier mes passions, sport et art mais au bout de quelques années j’ai démissionné afin de me consacrer uniquement à la peinture et la musique.

A travers l’art, je m’exprime et m’interroge notamment sur mon identité. J’ai énormément de choses à dire et à transmettre, raison pour laquelle j’écris et je peins tous les jours. Peut être suis-je en quête d’une certaine liberté ?

Vos proches vous ont-ils toujours soutenu dans vos choix?

Prendre le chemin des arts au Burkina est un choix lourd. Lorsque j’ai abandonné un poste de fonctionnaire pour me tourner exclusivement vers la peinture et la musique ma famille a eu du mal à comprendre. J’ai quitté la cour familiale afin de prouver que je pouvais être artiste et assumer mes responsabilités.

Aujourd’hui, tout se passe bien mais le statut d’artiste est compliqué.

Quels sont les artistes que vous admirez? Qui vous ont inspiré?

A mes débuts ce sont les grands peintres qui m’ont influencé comme Caravage. Son traitement de la lumière m’a fasciné.
Les artistes africains aussi ont un rôle important dans mon parcours. En Afrique , l’art fait partie de la vie quotidienne, il est sur nos poteries, les murs de case, les tissus. Les motifs des cases de Tiébélé sont un des piliers de mon univers pictural. Je les ai observés et je me les suis appropriés, puis je les ai détournés pour les insérer dans mes peintures et mes fresques. L’héritage culturel africain se retrouve aussi dans les matériaux que j’utilise (pigment, colle, carton…) et dans ma palette couleur terre. Mes racines africaines marquent aussi mon rejet du figuratif. Selon moi, l’africain est abstrait.

Mes lectures aussi marquent mon travail. G. Balandier, Frantz Fanon, Tobie Nathan, G. Devereux pour ne citer qu’eux… Les livres nourrissent mon univers et mon questionnement identitaire depuis que je sais lire.

Que reflètent vos œuvres? Comment les présenteriez-vous?

Mes œuvres sont un instantané du moment, de mes émotions, de mes coups de gueule, de mes pensées. Le plus souvent elles interrogent sur l’identité africaine, entre tradition et modernité, le rapport entre les Hommes (et Femmes d’ailleurs). Mes thèmes de prédilection touchent souvent à des problématiques de société : politique, rapports familiaux / amoureux, folie, croyances, modernité….

D’où vient votre inspiration?

Selon moi, peindre c’est partir à l’aventure, commencer un voyage sans savoir où ce premier pas nous portera, où chaque heure passée correspond à un paysage. La toile est la mémoire de ce voyage, l’écriture des sentiments vécus lors de sa création.

Comment travaillez-vous? Quelles sont les étapes de votre création?

Lorsque je peins, je commence par créer le chaos : je pose des couleurs, fais gicler des lavis, colle des matières, lacère la toile, la retourne, gratte, essuie, laisse couler la peinture jusqu’à ce que mes yeux s’ouvrent à l’œuvre, que le génie créateur révèle le sujet.

Commence alors un jeu de structuration/déstructuration. Signes, symboles, calligraphie “Warga” (une écriture de mon invention) s’incrustent dans mes lignes graphiques. D’étranges créatures et personnages s’incarnent alors dans la toile, s’effacent, réapparaissent en partie, formant des êtres polymorphes.

En perpétuelle recherche, je peux recouvrir totalement ou en partie plusieurs fois une toile si l’équilibre dans le chaos n’est pas atteint. Le travail de l’ombre et de la lumière est pour moi ce qui structure les volumes et attire le regard.

Quelle est votre singularité? Comment définiriez-vous votre art, vos créations?

L’intégration de graphisme dans mes toiles, la prolifération d’histoires dans l’histoire, grâce à des superpositions de motifs et une manière de travailler selon laquelle je tourne ma toile, le haut devenant bas, la droite la gauche… et il y a bien sûr le Warga, un alphabet que j’ai conçu et que je dissémine dans mes créations.

Quelle est l’œuvre phare de vos créations?

A mon sens pas d’œuvre phare. Chacune d’entre elles est importante et est liée à une période de ma vie. En ce moment je travaille sur une série de grands formats de portraits entre mythe et réalité.

Êtes vous dans des associations ou collectifs ou autres?

Je travaille avec d’autres artistes de disciplines différentes. Deux projets sont en cours avec le comédien Doueslik et Maimouna Diaye. Je fais partie aussi de Wakao, pour le moment une marque de vêtements, qui est amenée à grandir dans les mois à venir.

Quels sont vos projets en cours?

Quelques-unes de mes toiles font partie de l’exposition collective « La migration des couleurs » organisée par l’association APACA du 20 au 31 décembre à Vauréal dans la région parisienne.

Trois expositions sont à venir également en début d’année au Burkina. La première du 28 janvier au 27 février dans l’enceinte du Yeelba (Zogona), du 1er au 27 février, une exposition avec installation dans le parc de l’Auberge des Bougainvilliers. La troisième exposition aura lieu à Bobo en avril dans la boutique d’Art et d’Artisanat Ma copine.

Promotion de l’Art Africain

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